The Limits of Control
Avec The Limits of Control, Jim Jarmusch s’offre un casting international version Deluxe pour une traversée de l’Espagne un brin hallucinogène et fantasmée.
« Les meilleurs films sont comme des rêves que l’on est pas sûr d’avoir faits ».
Rien n’est moins anodin qu’un film de Jim Jarmusch. Certains se laisseront tenter, voire prendront leur pied, d’autres au contraire n’entreront pas dans le jeu. Dans The Limits of Control, le cinéaste américain narre le parcours d’un homme solitaire rompu au silence (Isaach de Bankolé, impérieux) qui a pour devise « no drugs, no mobile, no sex ». Pas marrant, le garçon. A travers l’Espagne, il accomplit une mission dont on ne connait ni les tenants ni les aboutissants. Intermédiaire après intermédiaire, il franchit les étapes d’un voyage à travers sa conscience. Face à lui, une galerie de personnages sans identité qui ne sont que des archétypes, des symboles, des nationalités : la blonde, la femme nue, le violon, la guitare, le français, le créole, l’américain, le mexicain. L’occasion pour Jarmusch de nous offrir un casting international dont on peut se délecter : l’espagnole Paz de la Huerta, les français Jean-François Stévenin et Alex Descas, la japonaise Youki Kudoh, le mexicain Gaël Garcia Bernal, l’américain John Hurt, la britannique Tilda Swinton, la franco-israëlo-arabe Hiam Abbass… Inspiré par les films policiers européens des années 1970-1980, mais aussi par le film de John Boorman Point Blank (1967), Jarmusch livre, au strict opposé des films hollywoodiens trop explicatifs, une ode surréaliste visuellement splendide, grâce au travail du directeur de la photographie Christopher Doyle, estimé pour sa collaboration avec Wong Kar-Waï. La mise en scène élégante et voluptueuse à quelque chose de minutieux, de mécanique, d’implacable. Le rythme alangui et hypnotisant du film, accompagné par la musique énigmatique et répétitive du groupe de rock expérimental japonais Boris, s’apparente cette fois-ci plus au travail d’un David Lynch que d’un Wim Wenders. Toutefois les limites de ce qui peut apparaitre comme un pur exercice de style peuvent se faire rapidement sentir. Car trop de mystère tue le mystère… (Thomas Lapointe)
The Limits of Control, de Jim Jarmusch
avec Isaach de Bankolé, Jean-François Stévenin, Alex Descas, Paz de la Huerta, Gaël Garcia Bernal, Tilda Swinton, John Hurt, Hiam Abbass, Youki Kudoh, Bill Murray…
Sortie le 2 décembre 2009
La Route
En adaptant le roman de Cormac McCarthy, récompensé du Prix Pulitzer en 2007, John Hillcoat signe un film d’après-fin du monde à la beauté glacée.
Cela fait plus de dix ans que le monde a explosé. De la Terre, il ne reste plus grand-chose, si ce n’est des paysages apocalyptiques, des forêts en feu, des villes abandonnées, des pluies de cendres, des tremblements de terre et quelques survivants dans ce monde qui s’effondre sous sa propre misère. Dans cet environnement dominé par le néant et la barbarie, un père et son fils (Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee, remarquables interprètes), poussent sur la route un caddie chargé de quelques bribes d’une civilisation qui n’existe plus et tentent de rejoindre la côte, hypothétique but de leur parcours. Loin des films catastrophes façon Roland Emmerich, John Hillcoat retranscrit à merveille le style à la fois angoissant et apaisé du texte de McCarthy. Au milieu de ces décors gigantesques et déserts d’un réalisme brut et d’une beauté saisissante, le profond amour protecteur d’un père pour son fils, sa seule raison de vivre, est le dernier signe d’humanité dans un monde où le moindre signe de vie est une menace. Sublimé par la photographie épurée de Javier Aguirresarobe et la musique lancinante de Nick Cave, ce conte philosophique à la douceur profonde est un film visionnaire questionnant la foi en l’avenir. Car la question qui sous-tend tout le film est de savoir ce qu’il peut y avoir à transmettre à son fils dans un monde où rien n’est plus, où tout a disparu. (Thomas Lapointe)
La Route, de John Hillcoat
Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Charlize Theron, Guy Pearce, Robert Duvall
Sortie le 2 décembre 2009
Mes 12 meilleurs films de 2009
Ils ne sont pas 10, mais 12, les films qui m'ont bluffé, bouleversé, transporté, fait rire ou pleurer, cette année. Classés dans un ordre qui peut être bouleversé à tout moment selon mes humeurs, mais bon, faut bien faire des choix...
N° 1 : Il Divo, de Paolo Sorrentino
La face cachée du pouvoir italien dans une mise en scène proprement hallucinante, tantôt rock, tantôt baroque, tantôt burlesque... Un portrait vertigineux et virtuose du Président du Conseil Giulio Andreotti.
N° 2 : Still Walking, de Kore-Eda Hirokazu
Un film subtilement poétique et tout en retenue, et en même temps sensiblement profond et douloureux, sur une réunion de famille une journée d'été dans la banlieue de Yokohama.
N° 3 : Morse, de Tomas Alfredson
Un film d'enfants et de vampires dans une Suède enneigée à la poésie à la fois douce et violente. Un petit conte macabre d'une beauté glaciale.
N° 4 : Boy A, de John Crowley
Quand Jack Burridge sort de prison après y avoir passé toute son adolescence, rien n'est plus difficile que de retrouver ses repères dans la société. Un film très touchant sur la culpabilité et la rédemption.
N° 5 : Avatar, de James Cameron
Incontestablement l'évènement de l'année. Avec la planète Pandora, James Cameron a créé un univers proprement extraordinaire, des paysages, un bestiaire et une végétation à couper le souffle et sublimés par une 3D révolutionnaire.
N° 6 : Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino
Tarantino joue avec l'histoire et nous offre sa vision de la Seconde Guerre Mondiale dans un film haletant qui ne relâche jamais la pression grâce à son ironie cynique et des comédiens brillants.
N° 7 : Le Ruban blanc, de Michael Haneke
Palme d'or méritée (si, si !), Le Ruban blanc est une vraie leçon de cinéma. Un film dur et inquiètant qui nous plonge, à travers l'histoire d'un petit village protestant du nord de l'Allemagne, au coeur des origines du mal.
N° 8 : J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan
Véritable coup de coeur pour ce film à la fois drôle, touchant et profond sur la relation tempêtueuse entre un mère et son fils. Et la révélation d'un tout jeune réalisateur québécois de 21 ans inspiré par Gus Van Sant et Wong Kar-Wai.
N° 9 : Fish Tank, d'Andrea Arnold
Dans la droite ligne du réalisme social britannique à la Ken Loach, ce film est un coup de poing (vivifiant) dans la gueule, avec une Katie Jarvis débordante d'une énergie magnifique.
N° 10 : Harvey Milk, de Gus Van Sant
Portrait du premier homme politique américain ouvertement gay, le film de Gus Van Sant retrace avec force et finesse les combats militants des années 1970-80. On en sort avec une fougueuse envie de se battre.
N° 11 : Good Morning England, de Richard Curtis
Retraçant l'épopée des radios pirates en Grande-Bretagne, ce film est une bombe d'énergie et d'humour, avec sa galerie de personnages déjantés et sa bande originale 100% rock'n'roll.
N° 12 : Là-haut, de Pete Docter et Bob Peterson
Là-haut est le summum des films d'animation, qui nous fait passer du rire aux larmes en un rien de temps, et avec toujours autant de justesse et d'humilité.
En bonus :
Un prohète, de Jacques Audiard
Tu n'aimeras point, de Haim Tabakman
L'étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher
Away we go, de Sam Mendes
The Reader, de Stephen Daldry
Mary & Max, d'Adam Elliot
La Route, de John Hillcoat,
Slumdog Millionnaire, de Danny Boyle
Millenium, de Niels Arden Oplev
Jusqu'en enfer, de Sam Raimi
Hilary Dymond
« Il y a toujours une place pour un peintre naturel ». Cette phrase de John Constable, peintre paysagiste britannique du XIXe siècle, décrit à merveille la place qu’occupe aujourd’hui Hilary Dymond dans la peinture contemporaine. Née en 1953 à Blackwood, au Pays de Galles, elle suit les cours de Kingston Polytechnic de Surrey, puis de la Wimbledon School of Arts de Londres, avant de venir en France achever sa formation. Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon en 1990, elle reçoit la même année le prix Hélène Linossier. Installée depuis une vingtaine d’année à Lyon, elle a pour thème de prédilection (et pour seul sujet) la nature, qu’elle étudie par séries (champs, étangs, montagnes, littoral).
C’est d’abord la plaine de l’Ain et ses champs qui retiennent son attention. Des champs qu’elle a peints par centaines dans des toiles qui révèlent la matière généreuse de la terre labourée, la fraîcheur des étendues d’herbe ou les couleurs mordorées des blés. Puis, elle s’intéresse aux jeux subtils de la lumière et de l’eau des étangs de la Dombes, au nord-ouest de Lyon. Dans des camaïeux de gris et de bleus, parfois rehaussés d’une touche de jaune d’or ou de vert limpide, l’artiste révèle la langueur doucereuse de ses miroirs naturels. A partir de 2003, elle se rend à Chamonix et découvre la vertigineuse verticalité des sommets enneigés des Alpes, qui se perdent dans l’ivresse des brouillards d’altitude. Aujourd’hui, c’est vers le littoral Atlantique qu’elle a tourné son regard. Vers l’océan et ses embruns, son écume, ses rochers, ses îlots, ses récifs escarpés, son horizon infini.
Peintre de l’essentiel plutôt que du réel, Hilary Dymond inscrit son geste pictural dans la simplicité et l’épure caractéristique de la peinture contemporaine. Dans ses toiles, pas l’ombre d’une présence humaine : seule la nature dans sa nudité, sa majesté et son intemporalité. Grâce à une palette restreinte de couleurs mais une infinité de nuances, l’artiste restitue avec sérénité ce qui fait la puissance et la préciosité des paysages. Spectacle de la nature qui invite à la contemplation, le travail d’Hilary Dymond confine parfois à l’abstraction paysagiste, à la manière d’un Monet qui, en fin de carrière, atteignait les limites de la figuration. Une maîtrise et une originalité qui évoquent plus qu’elles ne décrivent. (Thomas Lapointe)
« Hilary Dymond »
Jusqu’au 20 décembre 2009
Sibman Gallery
28, place des Vosges 75004 PARIS
Tél. : 01 42 76 95 10
www.hilarydymond.com / www.sibmangallery.com
Le Concert
Avec Le Concert, Radu Mihaileanu réalise un film qui oscille entre drame et comédie, entre récit personnel et Histoire avec un grand H.
Alors qu’il était un des plus grands chefs d’orchestre d’URSS et qu’il dirigeait l’orchestre du Bolchoï avec succès, Andreï Filipov fait aujourd’hui le ménage dans le célèbre théâtre russe. Pour avoir refusé d’obéir et de se séparer de ses musiciens juifs, sa carrière a été consciencieusement brisée par l’administration brejnévienne, en interrompant un de ces concerts. Mais, lorsque trente ans plus tard, il intercepte un fax provenant du théâtre du Châtelet à Paris proposant au Bolchoï de venir donner une représentation, une idée lui vient. Pourquoi ne pas réunir ses anciens camarades musiciens et aller jouer à Paris en se faisant passer pour l’orchestre russe ? Débute alors une aventure rocambolesque entre deux pays et deux cultures. De Moscou à Paris, le film n’évite malheureusement pas les clichés effarants et les effets comiques affligeants : des russes toujours surexcités qui chantent, hurlent et boivent sans s’arrêter. Il y a des airs de mauvais Kusturica. AU lieu de légèreté et de doigté, Mihaileanu est lourd et poussif… Pourtant, une fois en France, le film prend peu à peu une autre tournure en mêlant cette loufoquerie typiquement slave au drame russe classique. Jusqu’au concert final, véritable raison d’être du film, où le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski est sublimé par une mise en scène virtuose, un montage alterné poignant et l’interprétation magistrale de Mélanie Laurent et Aleksei Guskov. Car la vraie raison d’aller voir Le Concert, c’est bien le concert. (Thomas Lapointe)
Le Concert, de Radu Mihaileanu
Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Miou-Miou, François Berléand, Dimitry Nazarov
Sortie le 4 novembre 2009
Rapt
En adaptant l’affaire du baron Empain, Lucas Belvaux signe un film noir sous tension permanente porté par un Yvan Attal époustouflant.
Stanislas Graff, chef d’entreprise haut placé navigant dans les sphères politiques et industrielles de la France, se fait enlevé un matin comme les autres, devant chez lui par un commando de truands attirés par l’argent. Tandis que la police se met à sa recherche en dépit des consignes de sa famille et que la presse se déchaîne, il subit pendant deux mois le calvaire de l’enfermement, de l’humiliation et de la dégradation sociale. Lucas Belvaux réussit l’alliance parfaite entre le thriller policier, le drame personnel et la critique raisonnée des dérives du pouvoir. Dans une mise en scène sombre et élégante, la violence des affrontements psychologiques, de quels cotés qu’ils aient lieu, tranche avec la solitude extrême qui envahit les personnages. Le film est puissant, le ton tranchant et juste, le rythme rigide et sec, le réalisme prenant. Cette chute d’un homme qui avait tout pour lui, cette incarcération proprement inhumaine ne seraient rien sans la prestation viscéralement épatante d’Yvan Attal, qui a d’ailleurs perdu 20kg pour le rôle. A ses côtés, une palette de seconds rôles tous irréprochables, Anne Consigny en femme éplorée qui tente de rester digne en tête. Mais le tour de force de Lucas Belvaux est d’encore nous étonner par la noirceur des comportements de ses personnages lorsque Graff retrouve la liberté : là où il s’attendait à du réconfort, il ne trouve que de la froideur, du doute, des questions inquisitrices. Un retour à la réalité finalement plus difficile à vivre que sa captivité, quand il se rend compte que dehors, il a tout perdu, l’amour de sa famille, la confiance de ses proches, l’estime de ses collègues. (Thomas Lapointe)
Rapt, de Lucas Belvaux
avec Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon, Françoise Fabian
Sortie le 18 novembre 2009
Peder Balke
Peder Balke (Hedermarken, 1804 - Christiana (actuel Oslo), 1887)
Vues de sites du Danemark et de la Norvège, vers 1847
(Musée du Louvre, Aile Richelieu, 2e étage, salle D)
Exceptionnelle série d'études de paysages commandée par Louis-Philippe en commémoration de son voyage effectué en 1795 en Laponie, le jeune prince ayant quitté la France en 1793 à cause de la Révolution. Livré en 1847, juste avant les évènements de 1848, cet ensemble est resté de ce fait pratiquement inconnu et n'avait jamais été exposé dans le musée jusqu'à l'année 2001.
Elève à Dresde du grand peintre allemando-norvégien Dahl, Balke était un des paysagistes les plus connus de la Norvège (suédoise depuis 1814 et auparavant danoise) à l'époque de cette commande qui, en plus de son intérêt topographique, participe des vives curiosités historiques et scientifiques de Louis-Philippe (phénomènes naturels et météorologiques, données géographiques, voire ethnographiques comme la fameuse série d'études d'Indiens commandée à la même époque au peintre américain Catlin, aujourd'hui au Musée de l'Homme). Présentée en suivant l'ordre des numéros d'inventaire, les vingt-six esquisses sont disposées en colonnes à lire de haut en bas et les titres des cartels sont ceux donnés lors de l'entrée de la série au musée. (Source : Musée du Louvre)
1. Un bateau "Sexring" près de la paroisse de Stegen
2. Vue de Troms-Öe (actuel Tromsö)
3. Vue de Röd-Öe (actuel Rödöy)
4. Vue de Torghatten et de l'église Brönöe (actuel Brönnöy)
5. Vue de Kronbourg à Öresund
6. Un bateau "Ottring" sous la montagne "les Sept-soeurs"
7. Vue d'Altona
8. Sarps-Fossen
9. Vue de Fredrikshald (actuel Halden)
10. Vue de Copenhague
11. Vue de Bod-Öe (actuel Bodö)
12. Vue de Drammen
13. Vue de la paroisse de Stegen
14. Vue de Kongsberg
15. Vue de Hjelms-Öe (actuel Hjelmsô)
16. Vue de la montagne "Kielhomet" à Stegen
17. Vue d'Eidsvold
18. Vue de Minde à Eidsvold
19. Vue de Vaer-Öe (actuel Vaerög)
20. Vue du presbytère d'Eidsvold
21. Vue de Paradis-Bakken (la "Côte du Paradis")
22. Vue de Stappena depuis Flavöen (actuel Flavö)
23. Vue de Mors
24. Vue de Christiana (actuel Oslo)
25. La cascade d'Alten-Talvig
26. Vue de Fugle-Öe (actuel Fugloy) "L'île aux oiseaux"
Le Ruban blanc
Palme d’or au dernier Festival de Cannes, Le Ruban blanc de Michael Haneke retrace le quotidien d’un village allemand à la veille de la Première Guerre mondiale et évoque les origines du mal.
Nous en sommes en 1913 dans un village protestant du nord de l’Allemagne, où règne une rigide hiérarchie sociale, avec à son sommet le baron, à la base la masse des paysans, et entre les deux le corps intermédiaire bourgeois (le pasteur, le médecin, le régisseur, l’instituteur). Mais d’étranges accidents viennent troubler le quotidien de familles entières. Avec cette réalisation remarquable et rigoureuse à la facture classique d’un film en costumes, Michael Haneke livre une véritable leçon de cinéma, en maitrisant toutes les possibilités qu’offre le septième art. C’est une œuvre à la beauté renversante, à l’esthétique glacée, au noir et blanc saisissant et à la lumière inquiétante, dans la lignée des films de Bergman, Dreyer ou Visconti. L’atmosphère envoûtante et déliquescente d’un village en huis-clos n’est pas non plus sans rappeler le Roi sans divertissement réalisé par Jean Giono en 1963. Cette réflexion sur l’histoire et la morale évoque la violence des rapports humains, le poids de la religion et du puritanisme, la présence abusive des pères, qui accroissent la cruauté des enfants. C’est sobre et féroce, implacable et dérangeant. L’intelligence du discours d’Haneke n’est pas tant de trouver l’origine du mal (et donc du fascisme, ces enfants étant les futurs adultes du régime nazi) dans la rigueur protestante que dans l’incapacité des figures tutélaires à éduquer l’humain à l’humain : en tenant un double discours, les autorités, qu’elles soient religieuses, sociales ou parentales, délivrent un message mais le pervertissent et font le contraire de ce qu’elles disent, en pratiquant qui un mélange perturbant des valeurs, qui des attouchements sur mineures, qui une culpabilisation outrancière de ses enfants. Des enfants qui de victimes vont devenir bourreaux. Si la terreur reste ici cachée derrière des volets clos, la tension permanente n’en distille pas moins une atmosphère de cauchemar. (Thomas Lapointe)
Le Ruban blanc, de Michael Haneke
Avec Christian Friedel, Leonie Benesch, Ulrich Tukur, Burghart Klaussner
Sortie le 21 octobre 2009
The Box
Après le succès de son premier film Donnie Darko et l’échec de son second, Southland Tales, Richard Kelly, en adaptant une nouvelle de Richard Matheson, nous livre un film aussi énigmatique que terrifiant.
Norma et Arthur Lewis mènent une vie paisible dans une petite ville de Virginie. Jusqu’au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant chez eux. Le lendemain, un certain Arlington Steward leur apprend qu’en appuyant sur le bouton, ils recevront un million de dollars, mais que cela entraînera la mort d’un inconnu. Plus qu’une simple adaptation, Richard Kelly se réapproprie totalement la nouvelle de Matheson, en transposant la vie de ses parents dans le contexte de l’ouvrage. A partir du moment où Norma appuie sur le bouton, l’intrigue prend une autre dimension. Extrapolant le texte de l’auteur, qui s’intéressait plus aux implications psychologiques qu’à la dimension de fantastique du récit, Richard Kelly nous entraîne dans une intrigue labyrinthique qui prend la forme d’une quête de rédemption. Il en creuse le sens et en révèle les richesses cachées. Ce qui n’avait l’air que d’être une mauvaise blague devient alors un gigantesque complot impliquant le FBI, la CIA, la NASA, et même les extra-terrestres et Dieu. Cette immersion fascinante dans un univers anxiogène, partant du quotidien le plus banal pour virer brutalement vers l’irréel, a quelque chose de l’univers de David Lynch. La montée progressive de l’angoisse est remarquablement réalisée : là où la mode actuelle en aurait poussé plus d’un à user d’un rythme soutenu ou d’un montage épileptique, Richard Kelly prend son temps pour insinuer dans l’esprit des spectateurs un suspens angoissant, et fait l’économie d’effets spectaculaires. Il réussit à jouer avec la perception de son public en créant une ambigüité entre le réel, le rêve et le fantasme. Mais à force de vouloir chercher ce qui se cache derrière le texte de Matheson, le réalisateur se perd et nous perd dans les méandres d’une science-fiction presque ésotérique. Les questions et les indices s’accumulent sans explication, le tout ne fait pas sens, au risque de déstabiliser. D’autant que Cameron Diaz et James Mardsen forment un couple bien peu charismatique face au trop souvent sous-estimé Frank Langella, dont le visage mutilé de son personnage tranche avec son élégance et son calme indéchiffrable. (Thomas Lapointe)
The Box, de Richard Kelly
avec Cameron Diaz, James Mardsen, Frank Langella
Sortie le 4 novembre
Vincere
Présenté en compétition officielle à Cannes, Vincere retrace l’histoire chaotique d’Ida Dalser, qui toute sa vie a clamé être la femme de Mussolini.
Il y a des secrets que l’histoire officielle s’empresse de faire disparaître. C’est le cas de l’existence d’Ida Dalser, qui rencontre Mussolini, alors fervent militant socialiste, dans les années 1910. Amoureuse passionnée, celle-ci vend tous ses biens pour l’aider à fonder le Popolo d’Italia, point de départ du futur parti fasciste. Mais quand la guerre éclate, Mussolini s’engage et disparait de la vie d’Ida, qui découvre avec stupeur que celui-ci est déjà marié. Elle n’aura alors de cesse de clamer la qualité d’épouse légitime et de mère du fils aîné de Mussolini, Benito Albino, mais sera systématiquement mise à l’écart, et enfermée dans un institut. Cette histoire d’amour fou nous fait découvrir, de biais, une part de l’histoire italienne passionnante à travers le regard d’une femme qui se bat pour exister. Ce n’est pas un film politique, mais le contexte, qui pourrait paraitre accessoire, est constamment présent. Il y a de la puissance dans la mise en scène de Marco Bellocchio, de l’énergie dans son récit. Sa vision de l’histoire est vertigineuse, renforcée par son travail sur la lumière et les clairs-obscurs quasi expressionniste. Les nombreux documents d’archives et les slogans qui s’intègrent à l’image participe de l’esthétique du film. Marco Bellocchio réussit ainsi le pari fou de reconstituer un morceau d’histoire qui n’existe plus, qui a été effacé, sans trace et sans image. Toutefois, si dans une première partie enflammée et réussi, le film s’attache à l’ascension politique de Mussolini et à la naissance d’une passion amoureuse aussi brève qu’intense, la seconde partie, retraçant les années de basculement dans la folie et la descente aux enfers de la mère et du fils, s’englue dans une mise en scène trop solennelle, parfois pesante et souvent redondante. Reste la prestation époustouflante de Giovanna Mezzogiorno, petit grain de sable dans un système beaucoup trop puissant. (Thomas Lapointe)
Vincere, de Marco Bellocchio
Avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi
Sortie le 25 novembre 2009






































































