03 octobre 2010

L'amour fou - Yves Saint Laurent-Pierre Bergé

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En 1958, le couturier Yves Saint-Laurent rencontre l’homme d’affaires Pierre Bergé. Naît alors une histoire d’amour de cinquante ans. Cinquante ans de passion amoureuse et créatrice que tente de retracer le documentaire de Pierre Thoretton. En prenant le pari du point de vue subjectif (le réalisateur est un proche de Pierre Bergé, qui, d’ailleurs, ne se serait sans doute jamais dévoilé autant si ce n’était pas le cas), L’Amour fou est un témoignage inestimable d’un homme sur l’homme de sa vie.

Certains n’y verront qu’un documentaire hagiographique et convenu de plus en hommage à Yves Saint-Laurent qui, à sa façon, a changé un petit bout de la face du monde. D'autres crieront à l'œuvre de commande de Pierre Bergé. Pourtant, le documentaire est l'occasion de redécouvrir ce couple unique en son genre à travers un récit qui brasse énormément de choses.

D’abord une histoire d’amour avec ses hauts, mais aussi ses bas (le sexe, la drogue, puis la dépression). Les deux hommes se sont croisés à l’enterrement de Christian Dior, fin 1957. Le premier, Yves Saint Laurent, succède au créateur à la tête de sa maison de couture. Le second, Pierre Bergé, décide de prendre en charge la carrière du premier. Cinquante ans après, il n’en reste plus qu’un, enfin sorti de l’ombre, qui se livre ici avec simplicité, sincérité, lucidité et pudeur, mais aussi avec toute la retenue, la distance et la mise en scène qui caractérise le personnage (rappelez-vous ses bouleversantes Lettres à Yves, messages posthumes adressées à l’homme qu’il a aimé). Pierre Bergé n’est pas du genre à se livrer corps et âme devant la pellicule. Ca fait 50 ans qu’il est comme ça, et ça n’est pas du jour au lendemain que cela va changer.

Mais L’Amour fou est aussi un regard nostalgique sur l’histoire de ce monument de la mode et de la création française que fut YSL. Depuis la création de sa propre maison de couture jusqu’à ce défilé historique de 300 mannequins au Stade de France devant 80 000 spectateurs le jour de la finale de la Coupe du Monde de football 98, en passant par ses relations avec Andy Wahrol, Mick Jagger, Françoise Sagan, Bernard Buffet, Catherine Deneuve, Laëtitia Casta, le film, grâce à un travail de montage de documents d’archives intelligents qui touche et fait sourire, agit comme une piqûre de rappel sur le brio du créateur miné.

Au-delà de l’amour et de la mode, le documentaire est aussi un témoignage passionnant et bouleversant sur le rapport à l’art. Car, chacun le sait, les deux hommes, ont réuni en cinquante ans une collection impressionnante d’œuvres d’art qui encombraient leurs magnifiques demeures (l’appartement de la rue de Babylone, la ville Majorelle à Marrakech, le château Gabriel en Normandie), filmées avec délicatesse. A l’origine, ce devait d’ailleurs être le sujet du film. Mais la mise en perspective de cet amour qui existe aussi à travers la création et à travers l’art rend le tout d’autant plus touchant. Quant à la vente aux enchères exceptionnelle au Grand Palais, loin d’être une mise à mort de l’amant et de l’amour, signe la fin d’un deuil et le début d’une nouvelle vie…

L’amour fou – Yves Saint Laurent Pierre Bergé, de Pierre Thoretton

Sortie le 22 septembre 2010

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18 juillet 2010

Tournée, éloge de la chair

Tourn_eRécompensé du Prix de la Mise en scène au dernier Festival de Cannes, Tournée, quatrième film de l’acteur-réalisateur Mathieu Amalric, est un petit bijou de sensualité et de mélancolie.

Elles se prénomment Mimi Le Meaux (prononcer Miaou !), Kitten on the Keys, Dirty Martini, Julie Atlas Muz ou Evie Lovelle. Reines au corps et au cœur généreux, princesses des faux-cils, des plumes et des paillettes, ces effeuilleuses du New Burlesque, qui rendent hommage aux cabarets de la fin du XIXe siècle et aux pin-ups des années 1950, crèvent littéralement l’écran. Des corps aux antipodes des canons habituels de la beauté qui révèlent de véritables  tempéraments d’actrices, à mi-chemin entre les mamma de Fellini et les transsexuelles de John Waters. Au milieu de ces excès de chair et d’esprit, on en oublie pas pour autant le grand orchestrateur et improvisateur, Joachim Zand, interprété par Amalric, petit producteur revenu des Etats-Unis avec dans sa valise cette belle brochette de femmes callipyges, qu’il présente de port en port – Le Havre, Nantes, La Rochelle, Toulon... « If Le Havre loves you, France is gonna love you ». Avec en apothéose, la possibilité de se produire dans la capitale, promesse qu’il a faite à ses filles pour qu’elles le suivent en France. Sauf qu’à Paris, monsieur est persona non grata (c’est une longue histoire !) et pas moyen de trouver quelqu’un pour l’aider. Toutes les portes auxquelles il frappe se referment les unes après les autres.

A la fois road-movie mélancolique, conte poétique et comédie du fantasme, Tournée est une formidable réussite sur laquelle souffle un vent de liberté. En coulisse comme sur scène, le cinéaste capte avec grâce et élégance des moments d’intimité joyeuse ou des mini-rencontres inattendues. Le film est un spectacle de tous les instants, empreint d’une touche charnelle et émotionnelle, qui respire la sensualité par tous les pores de la peau de ces corps dénudés. Une ode à la jouissance, drôle et touchante, où l’anodin se transforme en sublime sous le regard tendre et désenchanté d’Amalric. Un coup de poing qui apporte une énergie toute américaine (cassavetienne, dit-on) dans le cinéma d’auteur français, à l’image de ce cri que pousse Joachim Zand face caméra à la fin du film sur le « Have Love Will Travel » de Sonics. Singulier et entêtant ! (Thomas Lapointe)

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Tournée, de Mathieu Amalric

avec Mathieu Amalric, Mimi Le Meaux, Kitty on the Keys, Dirty Martiny…

Sortie le 30 juin 2010

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08 juin 2010

Sex & The City 2 : R.I.P. Carrie Bradshaw

Sex_and_the_City_2Michael Patrick King, producteur de la série Sex and the City et réalisateur du premier film, reprend les manettes de ce nouveau retour des quatre copines new-yorkaises. Mais peut-être n’était-ce pas vraiment une bonne idée…

Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha sont toujours là, avec quelques années de plus derrière le capot (enfin, Samantha semble en avoir quelques-unes de moins…). Trois d’entre elles sont mariées, deux ont des enfants, et Samantha, comme toujours, s’amuse d’homme à homme. Grâce à elle, les quatre amies vont pouvoir s’envoler tout frais payés vers le « nouveau » Moyen-Orient : Abu Dhabi (Dubaï, c’est tellement has been). Et décidément, ça n’est rien de dire que rien ne va plus au pays de Carrie.

D’abord, parce que, comme dans le premier opus (mais en moins pire), tout ce qui faisait la particularité de la série a disparu : l’absence de narration qui laissait place aux réflexions de notre chroniqueuse du sexe sur les relations amoureuses, illustrées des anecdotes vécues par les quatre filles, le tout rehaussé par une liberté de ton nouvelle. Or, au cinéma, tout a disparu : le format du long-métrage impose une narration avec un début et une fin, et ne s’adapte pas (ou en tout cas, M.P. King n’y arrive pas) à l’originalité de la série. D’autant qu’à l’exception de Samantha (qui par ailleurs se bat ici avec drôlesse contre les effets de la ménopause sur sa libido), les trois autres copines sont devenues ce qu’elles ne cessaient de critiquer lors de leurs brunchs dominicaux : de sombres idiotes posées, riches et superficielles… bref !

Ensuite, parce que le film aligne un mauvais goût exacerbé du début à la fin. Certes dans la série, Carrie vénérait déjà les chaussures Jimmy Choo et Manolo Blanhik à 400 dollars la paire, mais là, les voilà toutes habillées de robes de soirées sept jours sur sept et ce dès l’heure du petit déjeuner et dans les situations les plus mal venues (on parle d’un budget de 10 millions de dollars rien que pour les vêtements). D’autant qu’elles passent leur temps à s’extasier devant tant de luxe, et le public girly à souhait de les suivre de « Oh ! » et de « Ah ! » devant le nouveau dressing de madame, le luxe de leur lieu de villégiature, l’abondance du petit-déjeuner… bref !

Enfin, parce que le film est rempli de clichés, de fausse compassion et d’hypocrisie. En ouverture du film, un mariage gay, entre Stanford (le meilleur ami de Carrie) et Anthony (le meilleur ami de Charlotte), qui sous prétexte de faire éclater les tabous (et Carrie qui insiste bien : ce n’est pas un mariage « gay », c’est un mariage avant tout !) s’enfonce dans les clichés… Et Liza Minelli qui joue les marieuses, on aura tout vu ! Comble de la fausse compassion de ces nouvelles riches pour les misères du tiers-monde : le regard de chien battu de Carrie devant le récit de son majordome originaire de l’Inde, qui ne voit sa femme, restée au pays, qu’une fois tous les trois mois ; la joie des quatre filles devant toute la dernière collection printemps-été portée par une poignée de femmes arabes sous leur burqa… Et surtout, apogée de l’hypocrisie : comment une Amérique si puritaine peut-elle se permettre de donner des leçons d’égalité, de liberté et d’ouverture d’esprit ? Ce film est la preuve s’il en est que les différences de culture restent encore sujettes à l’incompréhension… bref !

S’il ne fallait retenir que trois bonnes choses de ce plantage luxueux (car elles existent, mais elles sont infimes) : une générique d’ouverture où la ville de NYC est superbement filmée sur l’ « Empire State of Mind » de Jay-Z et Alicia Keys, qui nous fait croire au retour de l’esprit new-yorkais de la série ; les préliminaires flashbacks sur la rencontre des quatre amies il y a 20 ans à grand renfort de looks des années 80 complètement déjantés ; et notre bonne Samantha, court vêtue en plein souk, férocement alpaguée par une bande de barbus en djellaba, qui les emmerde tous à grands renforts de doigts d’honneur, de capotes brandies comme des crucifix et de mouvements de sexe merveilleusement mimés (on reconnait l’experte)…

En résumé, la subtilité et l’impertinence de la série ont bien disparu, avec pour résultat un blockbuster au féminin d’un budget de 100 millions de dollars qui se vautre avec allégresse dans la vulgarité. (Thomas Lapointe)

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Sex & the City 2, de Michael Patrick King

avec Sarah Jessica Parker, Kim Cattrall, Kristin Davis, Cynthia Nixon

Sortie le 2 juin

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27 mai 2010

Copie conforme

Copie_ConformeEn mettant en scène une rencontre entre un homme et une femme sous le soleil de Toscane, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami quitte, avec Copie conforme, sa terre natale et nous offre une troublante comédie de faux-semblants pour laquelle Juliette Binoche a reçu un prix d’interprétation à Cannes cette année.

Lui, britannique, est un brillant essayiste. Elle, française, tient une galerie d’art. Il est invité à parler de son dernier ouvrage. Elle vient l’écouter et le rencontrer. Le temps d’une journée, leur rencontre dans cette Toscane illuminée semble être une nouvelle version du Voyage en Italie de Rossellini, où l’on parle aussi bien français, anglais qu’italien. Un postulat universel dont Kiarostami se sert pour réaliser une réflexion inspirée sur l’art et le cinéma, sur les relations entre l’original et la copie, entre la réalité et la fiction. Car c’est d’abord à deux inconnus qui se rencontrent pour la première fois qu’on semble avoir à faire. Puis, lorsqu’une femme les prend pour mari et femme, les voilà qui jouent le couple marié depuis 15 ans. Ou peut-être est-ce bien un couple marié depuis 15 ans qui auparavant rejouait leur première rencontre… Nul ne sait, et à la limite peu importe. Ce doute vertigineux introduit par Kiarostami n’en rend que son film plus intéressant et désarmant à la fois. Car le cinéma du maître iranien est bien un monde d’illusions, un jeu sur les apparences, qui mêle intelligemment légèreté et drame. Pour ce faire, sa mise en scène fluide et délicate entretient un mystère grâce à de longs plans-séquences qui se concentrent sur  le parcours sentimental de ses personnages, dans la lumière de Toscane sublimée par le directeur de la photographie Luca Bigazzi (Il Divo). Pour incarner ce duo amoureux, le baryton William Shimmel, brillant débutant au cinéma, que Kiarostami avait déjà mis en scène de l’opéra de Mozart Cosi Fan Tutte au festival d’Aix-en-Provence. Mais surtout Juliette Binoche, auréolée du prix d’interprétation à Cannes, magnifique de justesse et de luminosité, d’étonnement et de sensualité, qui s’investit entièrement dans ce personnage et dans ce film et dont le talent sans limite traduit avec subtilité l’évolution des sentiments. C’est à un fascinant jeu de masques que Kiarostami nous invite. (Thomas Lapointe)

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Copie Conforme, d’Abbas Kiarostami

avec Juliette Binoche, William Shimmel

Sortie le 19 mai 2010

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Enter the Voïd

Enter_the_voidHuit après Irréversible, Gaspar Noé revient avec cet Enter The Voïd, présenté l’année dernière en Compétition au Festival de Cannes et reparti bredouille.

Certains crient au génie, d’autres grincent des dents. Une chose est sûre, Enter the Voïd ne laisse personne indifférent. Evidemment, le problème avec Gaspar Noé, c’est que sa réputation le précède. Tout le monde se souvient de la polémique qu’avait soulevée la violence de son précédent film et notamment une scène de viol particulièrement crue. Alors, oui, la sortie de ce film fait beaucoup parler… Mais que faut-il en penser ? Gaspar Noé met cette fois-ci en scène l’histoire d’un petit dealer vivant à Tokyo, assassiné par la police et dont l’âme plane au-dessus des humains avant de se réincarner. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’imagination visuelle développée par le réalisateur dans ce film grâce à la maîtrise d’une technique sophistiquée. Pour preuve, cette scène d’ouverture, où notre « héros » sombre dans une ivresse droguée psychédélique. Alors, on pense au Las Vegas Parano de Terry Gilliam et l’on se dit que si lui aussi était un visionnaire de l’image dans sa mise en scène sous amphèts, on aimerait que le film de Gaspar Noé ne souffre pas de la même absence de scénario qui rendait le film de l’ex-Monthy Python insupportable. Malheureusement… La première partie du film, où notre héros mort se remémore son passé est relativement captivante. Mais lorsque son âme passe son temps à planer dans le Tokyo contemporain, on s’ennuie… Interminable et répétitif, le film perd sa beauté visuelle des débuts et sombre dans une arrogance tout bonnement complaisante et sordide. Alors oui, il y a du brio dans la mise en image de cet univers coloré et lumineux, dans ces prouesses technologiques fascinantes, dans cette expérience hypnotique aux beautés paradoxales. Mais cela ne fait manifestement pas tout. Et lorsqu’après avoir erré à travers les chambres du Love Hôtel où des couples tokyoïtes s’envoient en l’air de toutes les façons possibles, on se retrouve à l’intérieur d’un vagin se faisant allégrement pénétrer, on se dit que c’en est vraiment trop, Noé tombe dans la provocation puérile et la branlette pseudo-intellectuelle soporifique. Bizarrement, personne ne meurt d’overdose dans le film, mais dans la salle c’est l’inverse… (Thomas Lapointe)

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Enter the Voïd, de Gaspar Noé

avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy

Sortie le 12 mai 2010

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Le Fil

Le_FilDans Le Fil, le réalisateur Mehdi Ben Attia met en scène sur les côtes ensoleillées de la Tunisie une histoire d’amour au masculin. Simple, honnête et humain.

A priori, l’histoire semble d’une banalité déconcertante. Un jeune homme, la trentaine, architecte, retourne chez sa mère après plusieurs années passées à l’étranger. Tout en réapprenant à cohabiter avec elle, le voilà qui tombe amoureux du jeune homme que sa mère héberge. Seulement voilà, cela ne se passe pas en France, mais en Tunisie, un pays qui n’est pas spécialement reconnu pour sa liberté sexuelle, en tout cas pas quand elle est ouvertement vécue. Deuxième point important : le réalisateur n’en tire pas un drame sur la difficulté de vivre sa sexualité dans un pays où la morale religieuse plombe les relations amoureuses, mais en tire au contraire une comédie romantique (certains diront une bluette naïve). Il y a certes des situations bien prévisibles dans le scénario et les dialogues (la révélation de l’homosexualité à la mère…), et pourtant Mehdi Ben Attia réalise un beau film engagé où ses personnages parlent de sexualités, , d’homoparentalité, d’émancipation de la femme et de conflits de classes sociales avec une liberté déconcertante, dans une bourgeoisie tunisienne qui échappent aux clichés. Grâce à une mise en scène sobre, le réalisateur ne tombe pas dans le piège des artifices grossiers et le film respire de bout en bout d’une liberté lumineuse où les éléments de la nature (le soleil, la mer, le vent) prennent toute leur place. Pour incarner ce duo amoureux, Antonin Stahly et Salim Kechiouche s’accordent à merveille dans leurs différences. A leurs côtés, on prend un plaisir fou à retrouver le sourire de Claudia Cardinale, vieille et sublime, fardée et parée de ses breloques, dans le rôle de cette mère un rien envahissante (pas vraiment la mère juive, plutôt la mère catholique mariée à un musulman…). Un premier film qui ne manque pas de charme. (Thomas Lapointe)

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Le Fil, de Mehdi Ben Attia

avec Antonin Stahly, Salim Kechiouche, Claudia Cardinale

Sortie le 12 mai 2010

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24 mai 2010

CANNES 2010 : le Palmarès complet et illustré

palmar_sFin de la projection, on remballe.

Il aura fallu attendre l’avant-dernier jour de Festival pour que le Jury présidé par Tim Burton trouve enfin sa Palme d’Or. Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, déjà lauréat en 2004 du Prix du Jury pour Tropical Malady, remporte ainsi la récompense suprême pour Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives. Un film très personnel dans lequel le cinéaste déploie un imaginaire surnaturel et énigmatique, qui a donc devancé deux favoris des festivaliers, Another Year de Mike Leigh (absent du Palmarès) et Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, toutefois récompensé du Grand Prix.

Par ailleurs, outre Xavier Beauvois, on notera la présence au Palmarès de plusieurs français : Juliette Binoche, pour Copie Conforme d’Abbas Kiarostami, est récompensée du Prix d’Interprétation féminine et Mathieu Amalric remporte le Prix de la Mise en scène pour Tournée.

Enfin, s’il est une chose certaine, c’est que Carlos d’Olivier Assayas, s’il n’avait pas été présenté Hors Compétition mais bien en Compétition, aurait très certainement remporté la Palme d’Or, tant tous les critiques sont unanimes… M’enfin…

COMPETITION OFFICIELLE

- Palme d’Or : Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives d’Apichatpong WEERASETHAKUL

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- Grand Prix : Des Hommes et des Dieux de Xaviers BEAUVOIS

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- Prix d’interprétation féminine : Juliette BINOCHE dans Copie Conforme d’Abbas KIAROSTAMI

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- Prix d’interprétation masculine ex-æquo : Javier BARDEM dans Biutiful d’Alejandro Gonzalez IÑARITTU & Elio GERMANO dans La Nostra Vita de Daniele LUCCHETTI

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- Prix de la Mise en scène : Tournée de Mathieu AMALRIC

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- Prix du Scénario : Poetry de LEE Chang-Dong

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- Prix du Jury : Un homme qui crie de Mahamat SALEH HAROUN

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- Caméra d’Or : Année Bissextile de Michael ROWE

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- Palme d’Or du court-métrage : Chienne d’histoire de Serge AVEDIKIAN

- Prix du Jury du court-métrage : Micky Bader de Frida KEMPFF

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UN CERTAIN REGARD

- Prix Un Certain Regard – Fondation Groupama-GAN pour le cinéma : Hahaha de HONG Sang-soo

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- Prix spécial du jury Un Certain Regard : Octubre de Daniel et Diego VEGA

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- Prix d’interprétation Un Certain Regard : Eva BIANCO, Victoria RAPOSO & Adela SANCHEZ pour Los Labios d’Ivan FUND

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CINEFONDATION

Les prix remis par la Cinéfondation récompensent des films issus des écoles de cinéma du monde entier.

- Premier prix de la Cinéfondation : Taulukauppiaat de Juho KUOSMANEN

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- Deuxième prix de la Cinéfondation : Coucou-Les-Nuages de Vincent CARDONA

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- Troisième prix de la Cinéfondation ex-æquo : Hinkerort Zorasune (The Fifth Column), de Vatche BOULGHOURJIAN & Ja Vec Jesam Sve Ono Sto Zelim Da Imam (I Already Am Everything I Want to Have), de Dane KOMLJEN

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QUINZAINE DES REALISATEURS

- Prix du Carrosse d’Or (hommage rendu par la Société des Réalisateurs de Films à l’un de ses pairs) : Agnès VARDA

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- Art Cinéma Award (remis par un jury international de programmateurs de cinémas indépendants) : Pieds nus sur les limaces de Fabienne BERTHAUD

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- Prix SACD (remis par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) : Illégal d’Olivier MASSET-DEPASSE

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- Label Europa Cinemas (remis par un jury d’exploitants) : Le Quattro Volte de Michelangelo FRAMMARTINO

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- Prix SFR ex-æquo (remis par un jury de professionnels et de jeunes réalisateurs réunis par SFR) : Cautare d’Ionut PITURESCU & Mary Last Seen de Sean DURKIN

SEMAINE DE LA CRITIQUE

- Grand Prix de la Semaine de la Critique (remis par les journalistes et critiques de cinéma) : Armadillo de Janus METZ

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- Prix SACD (remis par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) : Bi, Dung So ! de Phan Dang DI

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- Soutien ACID/CCAS (qui récompense le cinéma indépendant) : Bi, Dung So ! de Phan Dang DI

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- Prix OFAJ de la (Toute) Jeune Critique (remis par des lycéens français et allemands) : Sound of Noise d’Ola SIMONSSON

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- Grand Prix Canal+ du meilleur Court-métrage : Berik de Daniel Joseph BORGMAN

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- Prix Découverte Kodak du Court-métrage : Deeper Than Yesterday d’Ariel KLEIMAN

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- Rail d’Or (remis par un groupe de cheminots de la SNCF cinéphiles) : Sound of Noise d’Ola SIMONSSON

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TROPHEES CHOPARD

Les Trophées Chopard remis à Cannes font office de prix des révélations masculine et féminine du cinéma.

- Liya KEBEDE, pour son rôle dans Fleur du Désert, de Sherry HORMANN

- Edward HOGG, pour son rôle dans White Lightnin’, de Dominic MURPHY

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PRIX DE L’EDUCATION NATIONALE

Encadré par le Ministère de l’Education et remis par un jury de professionnels du cinéma, de professeurs et d’élèves, ce prix récompense un film présentant un grand intérêt artistique et pédagogique, et fera ensuite l’objet d’une étude en classe.

Des hommes et des dieux de Xavier BEAUVOIS

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PRIX DU JURY OECUMENIQUE

Ce prix est remis par un jury de chrétiens engagés dans le cinéma.

Des hommes et des dieux de Xavier BEAUVOIS

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- Mention spéciale :

Another Year de Mike LEIGH

Poetry de LEE Chang-Dong

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PRIX FIPRESCI

Ces prix sont remis par un jury composé de critiques de cinéma du monde entier.

Tournée de Mathieu AMALRIC (Sélection Officielle)

Pal Adrienn d’Agnès KOCSIS (Un Certain Regard)

You Are All Captains d’Olivier LAXE (Quinzaine des Réalisateurs)

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QUEER PALM

Première du nom, cette Palme gay, prenant modèle sur le Teddy Bear de la Berlinale et du Queer Lion de la Mostra de Venise, récompense un film « pour sa contribution aux questions lesbiennes, gays, bi ou trans »

Kaboom de Gregg ARAKI

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PRIX FRANCE CULTURE CINEMA

Ce prix distingue une personnalité du cinéma pour la qualité de son œuvre et de son engagement.

Ronit ELKABETZ

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PRIX DE LA JEUNESSE

Ce prix est attribué par un jury composé de jeunes afin d’y exercer leur regard critique.

Copie conforme d’Abbas KIAROSTAMI

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PRIX DU TALENT EUROPEEN

Ce prix récompense un cinéaste qui a été soutenu par le programme européen Média.

Pawel Pawlikowski pour Sister of Mercy

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PALM DOG

Ce prix récompense le meilleur chien (et oui, c’est du grand n’importe quoi) présent dans un film en sélection officielle.

Boss, le boxer dans Tamara Drewe de Stephen FREARS (désolé, il n'y a pas de photo du chien disponible...)

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23 mai 2010

CANNES 2010 Day 10 : Soleil trompeur : l'Exode et Tender Son - The Frankenstein Project

Dixième jour de Festival et dernière ligne droite avant le Palmarès. Au programme, encore une fois deux films qui ne font pas l’unanimité. Soleil Trompeur : l’Exode, tout d’abord, la suite du film réalisé il y a quinze ans par Nikita Mikhalkov. On y retrouve Sergueï Kotov, condamné au goulag par Staline, mais qui réussit à s’en échapper lors de l’invasion de l’URSS par les Nazis en 1941. Pour Sandy Gilet (EcranLarge.com, ici), ce deuxième opus « ne semble exister que par la volonté de faire un film qui puisse enfin représenter d’une manière magistrale et épique le sacrifice de toute une nation contre la déferlante guerrière nazie ». Un film « biaisé », donc, mais « que l’on se surprend à visionner sans déplaisir », car Mikhalkov semble ne pas avoir « oublié qu’il faisait un film avec ce que cela implique pour capter et garder son public ». Toutefois, pour Estelle Chardac (Toutlecine.com, ici), malgré quelques « instants gracieux », « l’ensemble est cousu de fil blanc » : Soleil trompeur 2 « prend rarement le temps de réfléchir, tout embarqué qu’il est dans sa fascination morbide pour les clichés dégoulinants ». Constant plus dur encore pour Thierry Chèze (Studio CinéLive, ici) dont on citera de longs passages délicieusement cinglants : « les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Voilà un dicton sur lequel aurait dû méditer Mikhalkov avant d’exposer au plus grand nombre cette fresque lourdingue, bruyante et mortellement ennuyeuse de 2h30. Le Russe multiplie travellings, explosions, musique symphonique… mais met tous ces outils du cinéma au service du néant ». « On a l'impression de voir un gamin engloutir dans un déluge d'effets pyrotechniques le trésor de 35 millions d'euros qu'on lui a confié ou plutôt qu'il s'est lui-même confié, en tant que membre éminent du conseil d'administration de l'agence fédérale chargée de subventionner le cinéma russe ». « Son intrigue aux semelles de plomb se vit dans la salle comme une chemin de croix interminable dans lequel il prend cependant garde de faire brailler chacun de ses comédiens pour maintenir le public éveillé ». Le « pire film de la compétition » en somme.

Enfin, dernier film en compétition, Tender Son – The Frankenstein Project, du hongrois Kornel Mundruczo, libre adaptation de l’œuvre de Mary Shelley dans le Budapest contemporain. Une « lumière noire d’une suffocante beauté » pour Jacques Mandelbaum (Le Monde, ici) : « l’enfermement, la gamme sombre de couleurs tranchant avec l’expressivité des visages violemment éclairés, les méandres de la maison, la récurrence menaçante des plongées verticales de la caméra, tout suggère la transposition dans l’espace d’un univers mental en quête d’expiation ». Et de conclure : « les monstres ne sortent jamais que de notre chair et leur révolte est notre fardeau ». Pour Eric Vernay (Fluctuat.net, ici), voilà le film « sordide ET maniériste » du Festival, « contemplatif et un peu creux sur la monstruosité, la marginalité et la perte de l’innocence ». Enfin, pour Thierry Chèze (Studio CinéLive, ici), ce film « confirme [le] sens précis et sobre de la mise en images » de Mundruczo qui « sait instaurer en quelques plans une atmosphère captivante », mais  qui malheureusement « s’enfonce petit à petit dans un océan d’ennui à travers ce rapport père-fils qu’on a déjà vu mille fois à l’écran en mieux, en tout cas en plus captivant, détonnant, dérangeant ou émouvant ».

Reste plus qu’à attendre les avis des membres du jury. Palmarès ce soir, 19h15 en clair sur Canal+.

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CANNES 2010 Day 9 : Hors-la-loi et Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives

Avant-dernier jour de Festival : une polémique et un chef-d’oeuvre au programme. Polémique avec la projection de Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, l’histoire de trois frères algériens, qui, quelques années avant la Seconde Guerre mondiale sont chassés violemment de leur terre natale, et vont ensuite emprunter des cheminements différents. Plutôt que de polémiquer sur la représentation des massacres de Sétif, Jean-Luc Douin (Le Monde, ici) trouve que Bouchareb « hausse sa mise en scène d’un cran » : « c’est sur ce lyrisme, ce goût du cinoche populaire, cette dévotion à une mythologie du flingue et des cabarets louches, qu’il faut juger Hors-la-loi. Et aussi sur son refus de faire la moindre concession au terrorisme ». Pour Sophie Wittmer (Excessif.com, ici), à travers cette « odyssée humaine maîtrisée » aux « allures de western moderne », le cinéaste « nous offre un film vibrant, sans abuser des clichés manichéens ou mélodramatiques vers lesquels le sujet pouvait tendre et sans justement se laisser emporter par on implication personnelle ». Toutefois, pour François-Guillaume Lorrain (Le Point, ici), le constat est moins élogieux : « on est revenu vers un cinéma politique assez lourd, maladroit où les personnages s’expriment souvent par slogans. Et de poser la véritable question : « Les historiens qui ont vu le film ont pointé des erreurs. Elles sont là en effet. Faut-il exclure les historiens du débat ? La fiction excuse-t-elle tout ? ».

Chef-d’oeuvre avec Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives, du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. L’histoire d’un vieil home qui se retire vivre ses derniers jours dans sa maison de champagne où ressurgissent les fantômes familiers et amicaux du passé. Pour Jacques Mandelbaum (Le Monde, ici), le film est « une splendide épopée animiste » où le réalisateur fait de ses talents d’ « artiste qui, à tous les sens du terme, ne fait pas d’histoires, mais qui invente des mondes, ouvre la porte avec naturel au surnaturel ». Selon Eric Vernay (Fluctuat.net, ici), qui voit dans ce film sa Palme d’Or personnelle, « le cinéaste revisite à sa manière le film de fantômes, préférant le mystère et la sensualité à l’épouvante propre au genre » où il « parle de la Mort, du souvenir et de la perte. Ou aussi, et surtout, du passage de la vie vers un ailleurs, une autre forme d’existence ». Enfin, Jean-François Bourmaud (Midi Libre, ici), y voit le film « le plus original de la sélection » aux « images souvent proches du sublime, dont le contenu va du plus banal au plus inattendu ».

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21 mai 2010

CANNES 2010 Day 8 : Fair Game, Route Irish et La Nostra Vita

Programme chargé pour ce huitième jour de Festival, avec trois films en compétition, et aucun qui ne semble faire l’unanimité. Tout d’abord, Fair Game, de Doug Liman, seul film américain en compétition. L’histoire vraie de Valérie Plame, directrice d’opérations de la CIA, qui travaillait sur la contre-prolifération des armes nucléaires, dont le nom a été révélée dans le Washington Post, bouleversant sa vie de mère de famille et d’épouse. Pour Nicolas Schiavi (Excessif.com, ici), « Doug Liman capte avec sensibilité la mise en distance de ce couple seul contre tous qui a depuis gagné sa bataille. Même si la tension n’est pas toujours palpable, la démonstration est aussi divertissante qu’intelligente ». Au contraire, François-Guillaume Lorrain (Le Point, ici) s’attendait à « un thriller politique de l’ampleur de ces œuvres des années 70 » mais y voit « un film légèrement en dedans, qui joue profil bas » et aurait « aimé un film plus tendu, moins bavard parfois ». Selon Normand Provencher (Cyberpresse.ca, ici), Faire Game est « assuré de ne pas figurer au palmarès. Non pas que ce thriller d'espionnage (…) soit raté, bien au contraire, mais son approche classique, en ligne droite avec le mainstream hollywoodien, en fait un film comme on a l'habitude d'en voir sur nos écrans ».

Puis, Route Irish, le nouveau Ken Loach sélectionné en toute dernière minute. Un film engagé qui tourne autour du chaos qui règne actuellement à Bagdad et sur la Route Irish, la route dangereuse qui relie Bagdad à l’aéroport international. Pour Jacques Mandelbaum (Le Monde, ici), le film « montre moins la guerre que ses répercussions, psychologiques, morales, politiques sur le front intérieur ». Néanmoins, le film « souffre du schématisme où sont confinés les autres personnages » et « pâtit aussi de la morale, juste mais expéditive, que Ken Loach ne résiste pas à prodiguer à son récit, au détriment de la vérité des personnages et du récit ». Quant à Christophe Chadefaud (Studio CinéLive, ici), ce « thriller qui peine à trouver son rythme » est « sauvé par l’énergie du désespoir déployée par Mark Womack ». Mais « l’enquête s’enlise dans un thriller à l’intérêt d’autant plus relatif que l’on comprendra bien vite quels en sont les tenants et les aboutissants ». Pourtant, Gwen Douguet (Toutlecine.com, ici) y voit une « œuvre à son image, engagée » grâce à une réalisation réussie : « armé d’une caméra opérant au plus près, remuante, à fleur de peau des sensations éprouvées par les personnages, il perfore avec la baïonnette de son objectif les manipulations, magouilles et autres saloperies effectuées par des sociétés civiles britanniques opérant pour le gouvernement pendant la guerre en Irak ».

Enfin, La Nostra Vita, de Daniele Lucchetti, l’histoire de Claudio, un jeune père de famille que la mort brutale de sa femme adorée pousse à compenser par un matérialisme effréné. Selon Christophe Carrière (L’Express, ici), le film est « empreint d’une belle énergie » mais la « mise en scène sans grand aspérité manqu[e] singulièrement d’épaules pour un film en compétition cannoise ». Même constat pour Eric Vernay (Fluctuat.net, ici), qui ne voit « pas d’audacieuse proposition de cinéma ici, mais un savoir-faire artisanal un peu désuet, de bons acteurs, et quelques bons sentiments aussi dans ce mélo social sur le deuil »… Un « centre mou du cinéma mondial », « ni très émouvant, ni totalement barbant ». Idem pour François-Guillaume Lorrain (Le Point, ici), selon qui « à l’arrivée, on obtient un joli téléfilm qui n’a pour autre mérite que de représenter l’Italie en compétition ».

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