RestlessPrésenté en ouverture d’Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Restless, le nouveau film de Gus Van Sant, surprend par sa touchante simplicité.

Finie, la tétralogie conceptuelle Gerry-Elephant-Last Days-Paranoid Park. Depuis Harvey Milk, Gus Van Sant est décidément passé à une autre étape de sa filmographie. Le voilà peut-être plus proche des schémas classiques du cinéma américain, et pourtant, il ne cesse d’approfondir les thèmes qui lui sont chers depuis son tout premier film, Mala Noche, en 1985 : la jeunesse, l’amour et la mort.

Depuis qu’il a perdu ses parents dans un accident de voiture, Enoch squatte les enterrements d’inconnus plutôt que d’aller au lycée, quand il ne joue pas à la bataille navale contre son seul ami, Hiroshi, fantôme d’un kamikaze japonais de la Seconde Guerre mondiale. C’est lors d’une cérémonie funèbre qu’il croise le regard de la douce et pétillante Annabel, une passionnée d’ornithologie, en phase terminale de cancer. De cette rencontre nait une touchante histoire d’amour vouée à finir bientôt, la mort rôdant à l’horizon tout proche.

D’emblée, Restless ne s’impose pas comme un grand film. Mélodrame hollywoodien au classicisme convenu, que le réalisateur a toutefois su marqué de son empreinte personnelle au point d’en faire oublier très vite les ficelles dramaturgiques, il est pourtant la preuve du talent de GVS pour varier de registres et d’intentions, et pouvoir s’aventurer dans des recoins encore inexplorés pour en tirer d’étonnantes merveilles.

Film en mode mineur, Restless excelle justement par sa modestie. Grâce à la magnifique photographie signée Harris Savides, collaborateur de GVS de longue date, le film baigne dans une douce atmosphère, tout à la fois tristement grise et délicatement lumineuse. Bercée par les mélodies folk d’Elliot Smith (parti trop vite lui aussi), la mise en scène, toute en demi-teinte, capte avec finesse le tumulte amoureux qui éclot sous l’apparente évanescence. Les émotions, discrètes et retenues, affleurent sans pathos aucun. Au contraire, c’est avec une grande légèreté que Gus Van Sant filme la fulgurance d’un baiser ou l’amorce d’un geste amoureux.

Plein de candeur et d’innocence, le film est à l’image de ses deux adolescents, brillamment interprétés par deux jeunes comédiens de talent. Rôle principal et pourtant trop effacé de l’Alice au Pays des merveilles de Tim Burton, puis reléguée au second plan dans The Kids Are All Right, Mia Wasikowska trouve enfin ici un rôle à la mesure de son talent. Avec sa coupe à la garçonne façon Jean Seberg, et sa bouille plus que charmante, la jeune actrice semble avoir de beau jour devant elle. Elle est ainsi la Jane Eyre d’une nouvelle adaptation du roman de Charlotte Brontë, signée Cary Fukunaga (Sin Nombre), qui sortira sur les écrans français le 4 janvier prochain.

A ses côtés, le tout jeune Henry Hopper, fils du géant Dennis récemment disparu, fait ici ses débuts sur grand écran. Malgré son physique gracile et enfantin et ses allures de dandy, ses tourments intérieurs le poussent à se renfermer sur lui-même, à se complaire dans une (presque) solitude morbide (n’oublions pas son ami le fantôme), si ce n’était sa rencontre avec la fée Annabel.

Armés d’un appétit pour la vie déconcertant, les deux tourtereaux font face à la mort avec une étonnante lucidité qui rend leur amour d’autant plus bouleversant. Et Gus Van Sant de continuer, film après film, à sublimer l’adolescence dans une mélancolie mortifère.

Singulière histoire d’amours adolescentes, Restless est un film certes imparfait mais véritablement envoûtant.

000

Restless, de Gus Van Sant

avec Mia Wasikowska, Henry Hopper, Ryo Kase

Sortie le 21 septembre

restless 2