26 décembre 2009

The Limits of Control

The_limits_of_controlAvec The Limits of Control, Jim Jarmusch s’offre un casting international version Deluxe pour une traversée de l’Espagne un brin hallucinogène et fantasmée.

« Les meilleurs films sont comme des rêves que l’on est pas sûr d’avoir faits ». 

Rien n’est moins anodin qu’un film de Jim Jarmusch. Certains se laisseront tenter, voire prendront leur pied, d’autres au contraire n’entreront pas dans le jeu. Dans The Limits of Control, le cinéaste américain narre le parcours d’un homme solitaire rompu au silence (Isaach de Bankolé, impérieux) qui a pour devise « no drugs, no mobile, no sex ». Pas marrant, le garçon. A travers l’Espagne, il accomplit une mission dont on ne connait ni les tenants ni les aboutissants. Intermédiaire après intermédiaire, il franchit les étapes d’un voyage à travers sa conscience. Face à lui, une galerie de personnages sans identité qui ne sont que des archétypes, des symboles, des nationalités : la blonde, la femme nue, le violon, la guitare, le français, le créole, l’américain, le mexicain. L’occasion pour Jarmusch de nous offrir un casting international dont on peut se délecter : l’espagnole Paz de la Huerta, les français Jean-François Stévenin et Alex Descas, la japonaise Youki Kudoh, le mexicain Gaël Garcia Bernal, l’américain John  Hurt, la britannique Tilda Swinton, la franco-israëlo-arabe Hiam Abbass… Inspiré par les films policiers européens des années 1970-1980, mais aussi par le film de John Boorman Point Blank (1967), Jarmusch livre, au strict opposé des films hollywoodiens trop explicatifs, une ode surréaliste visuellement splendide, grâce au travail du directeur de la photographie Christopher Doyle, estimé pour sa collaboration avec Wong Kar-Waï. La mise en scène élégante et voluptueuse à quelque chose de minutieux, de mécanique, d’implacable. Le rythme alangui et hypnotisant du film, accompagné par la musique énigmatique et répétitive du groupe de rock expérimental japonais Boris, s’apparente cette fois-ci plus au travail d’un David Lynch que d’un Wim Wenders. Toutefois les limites de ce qui peut apparaitre comme un pur exercice de style peuvent se faire rapidement sentir. Car trop de mystère tue le mystère… (Thomas Lapointe)

etoile_3etoile_3

The Limits of Control, de Jim Jarmusch

avec Isaach de Bankolé, Jean-François Stévenin, Alex Descas, Paz de la Huerta, Gaël Garcia Bernal, Tilda Swinton, John Hurt, Hiam Abbass, Youki Kudoh, Bill Murray…

Sortie le 2 décembre 2009

the_limits_of_control

Posté par clydebarrow à 12:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,


La Route

La_RouteEn adaptant le roman de Cormac McCarthy, récompensé du Prix Pulitzer en 2007, John Hillcoat signe un film d’après-fin du monde à la beauté glacée.

Cela fait plus de dix ans que le monde a explosé. De la Terre, il ne reste plus grand-chose, si ce n’est des paysages apocalyptiques, des forêts en feu, des villes abandonnées, des pluies de cendres, des tremblements de terre et quelques survivants dans ce monde qui s’effondre sous sa propre misère. Dans cet environnement dominé par le néant et la barbarie, un père et son fils (Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee, remarquables interprètes), poussent sur la route un caddie chargé de quelques bribes d’une civilisation qui n’existe plus et tentent de rejoindre la côte, hypothétique but de leur parcours. Loin des films catastrophes façon Roland Emmerich, John Hillcoat retranscrit à merveille le style à la fois angoissant et apaisé du texte de McCarthy. Au milieu de ces décors gigantesques et déserts d’un réalisme brut et d’une beauté saisissante, le profond amour protecteur d’un père pour son fils, sa seule raison de vivre, est le dernier signe d’humanité dans un monde où le moindre signe de vie est une menace. Sublimé par la photographie épurée de Javier Aguirresarobe et la musique lancinante de Nick Cave, ce conte philosophique à la douceur profonde est un film visionnaire questionnant la foi en l’avenir. Car la question qui sous-tend tout le film est de savoir ce qu’il peut y avoir à transmettre à son fils dans un monde où rien n’est plus, où tout a disparu. (Thomas Lapointe)

etoile_3etoile_3etoile_3

La Route, de John Hillcoat

Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Charlize Theron, Guy Pearce, Robert Duvall

Sortie le 2 décembre 2009

la_route

Posté par clydebarrow à 10:51 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , , ,
17 décembre 2009

Mes 12 meilleurs films de 2009

Ils ne sont pas 10, mais 12, les films qui m'ont bluffé, bouleversé, transporté, fait rire ou pleurer, cette année. Classés dans un ordre qui peut être bouleversé à tout moment selon mes humeurs, mais bon, faut bien faire des choix...

N° 1 : Il Divo, de Paolo Sorrentino

La face cachée du pouvoir italien dans une mise en scène proprement hallucinante, tantôt rock, tantôt baroque, tantôt burlesque... Un portrait vertigineux et virtuose du Président du Conseil Giulio Andreotti.

Il_Divo

N° 2 : Still Walking, de Kore-Eda Hirokazu

Un film subtilement poétique et tout en retenue, et en même temps sensiblement profond et douloureux, sur une réunion de famille une journée d'été dans la banlieue de Yokohama.

Still_walking

N° 3 : Morse, de Tomas Alfredson

Un film d'enfants et de vampires dans une Suède enneigée à la poésie à la fois douce et violente. Un petit conte macabre d'une beauté glaciale.

Morse

N° 4 : Boy A, de John Crowley

Quand Jack Burridge sort de prison après y avoir passé  toute son adolescence, rien n'est plus difficile que de retrouver ses repères dans la société. Un film très touchant sur la culpabilité et la rédemption.

Boy_A

N° 5 : Avatar, de James Cameron

Incontestablement l'évènement de l'année. Avec la planète Pandora, James Cameron a créé un univers proprement extraordinaire, des paysages, un bestiaire et une végétation à couper le souffle et sublimés par une 3D révolutionnaire.

Avatar

N° 6 : Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino

Tarantino joue avec l'histoire et nous offre sa vision de la Seconde Guerre Mondiale dans un film haletant qui ne relâche jamais la pression grâce à son ironie cynique et des comédiens brillants.

Inglourious_Basterds

N° 7 : Le Ruban blanc, de Michael Haneke

Palme d'or méritée (si, si !), Le Ruban blanc est une vraie leçon de cinéma. Un film dur et inquiètant qui nous plonge, à travers l'histoire d'un petit village protestant du nord de l'Allemagne, au coeur des origines du mal.

Le_ruban_blanc

N° 8 : J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan

Véritable coup de coeur pour ce film à la fois drôle, touchant et profond sur la relation tempêtueuse entre un mère et son fils. Et la révélation d'un tout jeune réalisateur québécois de 21 ans inspiré par Gus Van Sant et Wong Kar-Wai.

J_ai_tu__ma_m_re

N° 9 : Fish Tank, d'Andrea Arnold

Dans la droite ligne du réalisme social britannique à la Ken Loach, ce film est un coup de poing (vivifiant) dans la gueule, avec une Katie Jarvis débordante d'une énergie magnifique.

Fish_Tank

N° 10 : Harvey Milk, de Gus Van Sant

Portrait du premier homme politique américain ouvertement gay, le film de Gus Van Sant retrace avec force et finesse les combats militants des années 1970-80. On en sort avec une fougueuse envie de se battre.

Harvey_Milk

N° 11 :  Good Morning England, de Richard Curtis

Retraçant l'épopée des radios pirates en Grande-Bretagne, ce film est une bombe d'énergie et d'humour, avec sa galerie de personnages déjantés et sa bande originale 100% rock'n'roll.

Good_morning_England

N° 12 : Là-haut, de Pete Docter et Bob Peterson

Là-haut est le summum des films d'animation, qui nous fait passer du rire aux larmes en un rien de temps, et avec toujours autant de justesse et d'humilité.

L__haut

En bonus :

Un prohète, de Jacques Audiard

Tu n'aimeras point, de Haim Tabakman

L'étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher

Away we go, de Sam Mendes

The Reader, de Stephen Daldry

Mary & Max, d'Adam Elliot

La Route, de John Hillcoat,

Slumdog Millionnaire, de Danny Boyle

Millenium, de Niels Arden Oplev

Jusqu'en enfer, de Sam Raimi

Posté par clydebarrow à 13:44 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
14 décembre 2009

Hilary Dymond

« Il y a toujours une place pour un peintre naturel ». Cette phrase de John Constable, peintre paysagiste britannique du XIXe siècle, décrit à merveille la place qu’occupe aujourd’hui Hilary Dymond dans la peinture contemporaine. Née en 1953 à Blackwood, au Pays de Galles, elle suit les cours de Kingston Polytechnic de Surrey, puis de la Wimbledon School of Arts de Londres, avant de venir en France achever sa formation. Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon en 1990, elle reçoit la même année le prix Hélène Linossier. Installée depuis une vingtaine d’année à Lyon, elle a pour thème de prédilection (et pour seul sujet) la nature, qu’elle étudie par séries (champs, étangs, montagnes, littoral).

Champ_2Champ_3Champ_4Champ_11

C’est d’abord la plaine de l’Ain et ses champs qui retiennent son attention. Des champs qu’elle a peints par centaines dans des toiles qui révèlent la matière généreuse de la terre labourée, la fraîcheur des étendues d’herbe ou les couleurs mordorées des blés. Puis, elle s’intéresse aux jeux subtils de la lumière et de l’eau des étangs de la Dombes, au nord-ouest de Lyon. Dans des camaïeux de gris et de bleus, parfois rehaussés d’une touche de jaune d’or ou de vert limpide, l’artiste révèle la langueur doucereuse de ses miroirs naturels. A partir de 2003, elle se rend à Chamonix et découvre la vertigineuse verticalité des sommets enneigés des Alpes, qui se perdent dans l’ivresse des brouillards d’altitude. Aujourd’hui, c’est vers le littoral Atlantique qu’elle a tourné son regard. Vers l’océan et ses embruns, son écume, ses rochers, ses îlots, ses récifs escarpés, son horizon infini.

Lac_1Lac_10Lac_19Lac_20

Peintre de l’essentiel plutôt que du réel, Hilary Dymond inscrit son geste pictural dans la simplicité et l’épure caractéristique de la peinture contemporaine. Dans ses toiles, pas l’ombre d’une présence humaine : seule la nature dans sa nudité, sa majesté et son intemporalité. Grâce à une palette restreinte de couleurs mais une infinité de nuances, l’artiste restitue avec sérénité ce qui fait la puissance et la préciosité des paysages. Spectacle de la nature qui invite à la contemplation, le travail d’Hilary Dymond confine parfois à l’abstraction paysagiste, à la manière d’un Monet qui, en fin de carrière, atteignait les limites de la figuration. Une maîtrise et une originalité qui évoquent plus qu’elles ne décrivent. (Thomas Lapointe)

Montagne_3Montagne_11Montagne_12Montagne_30

« Hilary Dymond »

Jusqu’au 20 décembre 2009

Sibman Gallery

28, place des Vosges 75004 PARIS

Tél. : 01 42 76 95 10

www.hilarydymond.com / www.sibmangallery.com

C_te_6C_te_17C_te_23C_te_42

Posté par clydebarrow à 23:37 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
13 décembre 2009

Le Concert

Le_ConcertAvec Le Concert, Radu Mihaileanu réalise un film qui oscille entre drame et comédie, entre récit personnel et Histoire avec un grand H.

Alors qu’il était un des plus grands chefs d’orchestre d’URSS et qu’il dirigeait l’orchestre du Bolchoï avec succès, Andreï Filipov fait aujourd’hui le ménage dans le célèbre théâtre russe. Pour avoir refusé d’obéir et de se séparer de ses musiciens juifs, sa carrière a été consciencieusement brisée par l’administration brejnévienne, en interrompant un de ces concerts. Mais, lorsque trente ans plus tard, il intercepte un fax provenant du théâtre du Châtelet à Paris proposant au Bolchoï de venir donner une représentation, une idée lui vient. Pourquoi ne pas réunir ses anciens camarades musiciens et aller jouer à Paris en se faisant passer pour l’orchestre russe ? Débute alors une aventure rocambolesque entre deux pays et deux cultures. De Moscou à Paris, le film n’évite malheureusement pas les clichés effarants et les effets comiques affligeants : des russes toujours surexcités qui chantent, hurlent et boivent sans s’arrêter. Il y a des airs de mauvais Kusturica. AU lieu de légèreté et de doigté, Mihaileanu est lourd et poussif… Pourtant, une fois en France, le film prend peu à peu une autre tournure en mêlant cette loufoquerie typiquement slave au drame russe classique. Jusqu’au concert final, véritable raison d’être du film, où le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski est sublimé par une mise en scène virtuose, un montage alterné poignant et l’interprétation magistrale de Mélanie Laurent et Aleksei Guskov. Car la vraie raison d’aller voir Le Concert, c’est bien le concert. (Thomas Lapointe)

etoile_3etoile_3

Le Concert, de Radu Mihaileanu

Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Miou-Miou, François Berléand, Dimitry Nazarov

Sortie le 4 novembre 2009

Le_concert

Posté par clydebarrow à 11:50 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,


  1